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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/117

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L’AMI FRITZ.

Puis, descendant deux marches, il ouvrit la porte en s’écriant :

« Tu es donc toujours enfoncé dans la loi et les prophètes, vieux posché-isroel ?

— Ah ! c’est toi, schaude ! fit le vieux rabbin, dont la figure prit aussitôt une expression de joie intérieure, en même temps que d’ironie fine, quoique pleine de bonhomie ; tu n’as donc pu te passer de moi plus longtemps, tu t’ennuyais et tu es content de me voir ?

— Oui, c’est toujours avec un nouveau plaisir que je te revois, fit Kobus en riant ; c’est un grand plaisir pour moi, de me trouver en face d’un véritable croyant, d’un petit-fils du vertueux Jacob, qui dépouilla son frère…

— Halte ! s’écria le rebbe, halte ! tes plaisanteries sur ce chapitre ne peuvent aller. Tu es un épicaures sans foi ni loi. J’aimerais mieux soutenir une discussion en règle contre deux cents prêtres, cinquante évêques et le pape lui-même, que contre toi. Du moins, ces gens sont forcés d’admettre les textes, de reconnaître qu’Abraham, Jacob, David et tous les prophètes, étaient d’honnêtes gens ; mais toi, maudit schaude, tu nies tout, tu rejettes tout, tu déclares que tous nos patriarches étaient des gueux ; tu es pire que la peste, on ne peut