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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/116

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L’AMI FRITZ.

d’une graisse jaunâtre, — les joues entourées de grosses rides en demi-cercle ; son nez était camard, ses yeux très-bruns, et sa bouche ornée de petites rides en étoile, comme un trou.

Elle portait un bandeau sur le front, selon la loi de Moïse, pour cacher ses cheveux, afin de ne pas séduire les étrangers. Du reste elle avait bon cœur, et le vieux David se faisait un plaisir de la proclamer le modèle accompli de son sexe.

Fritz mit un groschen dans la sébile du Frantzoze ; il avait allumé sa pipe, et fumait à grosses bouffées pour traverser le cloaque. En face du petit escalier, dont chaque marche est creusée comme la pierre d’une gargouille, il fit halte, se pencha de côté dans une petite fenêtre ronde, à ras de terre, et vit le rabbin au fond d’une grande chambre enfumée, assis devant une table de vieux chêne, les deux coudes sur un gros bouquin à tranche rouge, et son front ridé entre ses mains.

La figure du vieux David, dans cette attitude réfléchie, et sous cette lumière grise, ne manquait pas d’un grand caractère ; il y avait dans l’ensemble de ses traits quelque chose de l’esprit rêveur et contemplatif du dromadaire, ce qui se retrouve du reste chez toutes les races orientales.

« Il lit le Talmud, » se dit Fritz.