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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/111

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L’AMI FRITZ.

Au bout d’une demi-heure, tout en rêvant de la sorte, il avait parcouru le sentier de la Finckmath, et passait derrière les fumiers du Postthâl, pour entrer en ville.

« Qu’est-ce que la vieille Katel va me dire ! pensait-il. Elle va me dévider son chapelet ; elle va me reprocher une si longue absence. »

Et tout en allongeant le pas sous la porte de Hildebrandt, il souriait et regardait en passant les portes et les fenêtres ouvertes dans la grande rue tortueuse : le ferblantier Schwartz, taillant son fer-blanc, les bésicles sur son petit nez camard et les yeux écarquillés ; le tourneur Sporte faisant siffler sa roue et dévidant ses ételles en rubans sans fin ; le tisserand Koffel, tout petit et tout jaune, devant son métier, lançant sa navette avec un bruit de ferraille interminable ; le forgeron Nickel ferrant le cheval du gendarme Hierthès, à la porte de sa forge ; et le tonnelier Scheweyer enfonçant les douves de ses tonnes à grands coups de maillet, au fond de sa voûte retentissante.

Tous ces bruits, ce mouvement, cette lumière blanche sur les toits, cette ombre dans la rue ; le passage de tous ces gens qui le saluaient d’un air particulier, comme pour dire : « Voilà M. Kobus