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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/102

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L’AMI FRITZ.

quelque chose de rare. Aussi j’estime plus ces beignets que tout le reste ; et pour les faire aussi bons, je soutiens qu’il faut mille fois plus de talent, que pour filer et blanchir cinquante aunes de toile.

— C’est possible, monsieur Kobus ; vous êtes plus fort sur ces articles que moi.

— Oui, Christel, et je suis si content de ces beignets, que je voudrais savoir comment elle s’y est prise pour les faire.

— Eh ! nous n’avons qu’à l’appeler, dit le vieux fermier, elle nous expliquera cela. — Sûzel ! Sûzel !

Sûzel était justement en train de battre le beurre dans la cuisine, le tablier blanc à bavette serré à la taille, agrafé sur la nuque, et remontant du bas de sa petite jupe de laine bleue, à son joli menton rose. Des centaines de petites taches blanches mouchetaient ses bras dodus et ses joues ; il y en avait jusque dans ses cheveux, tant elle mettait d’ardeur à son ouvrage. C’est ainsi qu’elle entra tout animée, demandant : « Quoi donc, mon père ? »

Et Fritz, la voyant fraîche et souriante, ses grands yeux bleus écarquillés d’un air naïf, et sa petite bouche entr’ouverte laissant apercevoir