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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/93

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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p103.jpg
Lieverlé ! s’écrie Sperver. (Page 15.)

un air de tristesse inexprimable. Marie Lagoutte, après avoir pris une nouvelle prise, arrangeait son tabac dans sa tabatière, et moi je réfléchissais à l’étrange infirmité qui nous porte à nous poursuivre réciproquement de conseils.

En ce moment, le majordome se leva.

« Monsieur le docteur boira bien un verre de vin ? dit-il en s’appuyant au dos de mon fauteuil.

— Je vous remercie, je ne bois jamais avant d’aller voir un malade.

— Quoi ! pas même un petit verre de vin ?

— Pas même un petit verre de vin. »

Il ouvrit de grands yeux et regarda sa femme d’un air tout surpris.

« Monsieur le docteur a raison, dit-elle, je suis comme lui : j’aime mieux boire en mangeant, et prendre un verre de cognac après. Dans mon pays, les dames prennent leur cognac ; c’est plus distingué que le kirsch ! »

Marie Lagoutte terminait à peine ces explications, lorsque Sperver entr’ouvrit la porte et me fit signe de le suivre.

Je saluai l’honorable compagnie, et, comme j’entrais dans le couloir, j’entendis la femme du majordome dire à son mari :

« Il est très-bien, ce jeune homme, ça ferait un beau carabinier ! »

Sperver paraissait inquiet, il ne disait rien ; j’étais moi-même tout pensif.

Quelques pas sous les voûtes ténébreuses du Nideck effacèrent complètement de mon esprit les figures grotesques de maître Tobie et de