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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/92

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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p102.jpg
Nous entrâmes précipitamment dans la tour. (Page 19.)

« Monsieur le docteur, croyez-moi, ordonnez-lui une bouteille de markobrünner par jour.

— Et une aile de volaille à chaque repas, interrompit Marie Lagoutte. Le pauvre homme est maigre à faire peur.

— Nous avons du markobrünner de soixante ans, reprit le majordome, car les Français ne l’ont pas tout bu, comme le prétend madame Offenloch. Vous pourriez aussi lui ordonner de boire de temps en temps un bon coup de johannisberg : il n’y a rien comme ce vin-là, pour remettre un homme sur pied.

— Dans le temps, dit le grand veneur d’un air mélancolique, dans le temps, monseigneur faisait deux grandes chasses par semaine : il se portait bien ; depuis qu’il n’en fait plus, il est malade.

— C’est tout simple, observa Marie Lagoutte, le grand air ouvre l’appétit. Monsieur le docteur devrait lui ordonner trois grandes chasses par semaine, pour rattraper le temps perdu.

— Deux suffiraient, reprit gravement le veneur, deux suffiraient. Il faut aussi que les chiens se reposent ; les chiens sont des créatures du bon Dieu comme les hommes. »

Il y eut quelques instants de silence, pendant lesquels j’entendais le vent fouetter les vitres et s’engouffrer dans les meurtrières avec des sifflements lugubres.

Sébalt avait mis sa jambe droite sur sa jambe gauche, et, le coude sur le genou, le menton dans la main, il regardait le feu avec