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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/677

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LE TALION.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p687.jpg
une ombre passa devant elle comme la foudre. (Page 75.)


bientôt dix-sept ans… dix-sept ans !… l’âge des regrets et des rides… l’âge des repentirs tardifs. — Ah ! seigneur Taleb, asseyez-vous et soyez le bienvenu !… Vous m’apportez la pomme d’Héva, n’est-il pas vrai ?… la pomme qui donne la jeunesse et la beauté… Et la pauvre Fatima en a besoin ! »

Je ne savais que répondre… j’étais confus. Mais, me rappelant tout à coup le motif qui m’avait conduit là, mon sang ne fitqu’un tour, et, par l’effet des réactions extrêmes, je devins froid comme le marbre.

« Vous raillez avec grâce, Fatima, répondis-je en prenant place sur le divan, j’avais entendu célébrer votre esprit non moins que votre beauté ; je vois qu’on a dit vrai.

— Ah ! fit-elle, et par qui donc ?

— Par Dutertre.

— Dutertre ?

— Oui, Raymond Dutertre, le jeune officier qui est tombé dans l’abîme du Rummel. Celui que vous aimiez, Fatima.

Elle ouvrit de grands yeux surpris.

« Qui vous a dit que je l’aimais ? fit-elle en me regardant d’un air étrange ; c’est faux ! Est-ce lui qui vous a dit cela ?

— Non, mais je le sais ; cette lettre me le prouve, cette lettre que vous lui avez écrite, et qui est cause de sa mort… car c’est pour accourir près de vous, qu’il s’est risqué la nuit sur les rochers de la Kasba. »

À peine avais-je prononcé ces paroles, que la Mauresque se leva brusquement, les yeux étincelants d’un feu sombre.