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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/669

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LA TRESSE NOIRE.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p679.jpg
Au fond de cette voûte… (Page 70.)

Je m’avançai vers la fenêtre en gémissant, et je l’ouvris d’une main tremblante. Un froid glacial me saisit, et je tombai sur mes genoux, invoquant le Seigneur ! Subitement la vie me revint. Quand je me redressai, Taifer, pâle comme la mort, me dit :

« C’est bien, je t’ai ôté la tresse. »

Et montrant son bras :

« La voilà ! »

Puis, avec un éclat de rire nerveux :

« Ces cheveux noirs valent bien les cheveux blonds de ta Louise, n’est-ce pas ?… Chacun porte sa croix, mon brave… pins ou moins stoïquement, voilà tout. Mais souviens-toi que l’on s’expose à de cruels mécomptes, en enviant le bonheur des autres, car la vipère est deux fois vipère, dit le proverbe arabe, lorsqu’elle siffle au milieu des roses ! »

J’essuyai la sueur qui ruisselait de mon front, et je m’empressai de fuir ce lieu de délices, hanté par le spectre du remords.

Ah ! qu’il est doux, mes chers amis, de se reposer sur un modeste escabeau, en face d’un petit feu couvert de cendre, d’écouter sa théière babiller avec le grillon au coin de l’âtre, et d’avoir au cœur un lointain souvenir d’amour, qui nous permette de verser de temps en temps une larme sur nous-même !


FIN DE LA TRESSE NOIRE.