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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/651

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moi-même, entraîné par son audace, je me mis derrière lui. — Nous marchions doucement, doucement, les yeux écarquillés, regardant la comète qui grandissait à vue d’œil, en faisant des milliards de lieues chaque seconde.

Enfin, nous arrivâmes au coin du vieux couvent des capucins. La comète avait l’air de monter ; plus nous avancions, plus elle montait ; nous étions forcés de lever la tête, de sorte que finalement Duchêne avait le cou plié, regardant tout droit en l’air. Moi, vingt pas plus loin, je voyais la comète un peu de côté. Je me demandais s’il était prudent d’avancer encore, lorsque le sergent s’arrêta.

« Sacrebleu ! fit-il à voix basse, c’est le réverbère.

— Le réverbère ! dis-je en m’approchant, est-ce possible ! »

Et je regardai tout ébahi.

En effet, c’était le vieux réverbère du couvent des capucins. On ne l’allume jamais, parla raison que les capucins sont partis depuis 1792, et qu a Hunebourg tout le monde se couche avec les poules ; mais le veilleur de nuit Burrhus, prévoyant qu’il y aurait ce soir-là beaucoup d’ivrognes, avait eu l’idée charitable d’y mettre une chandelle, afin d’empêcher les gens de rouler dans le fossé qui longe l’ancien cloître ; puis il était allé dormir à côté de sa femme.

Nous distinguions très-bien les branches de la lanterne. Le lumignon était gros comme le pouce ; quand le vent soufflait un peu, ce lumignon s’allumait et jetait des éclairs, voilà ce qui le faisait marcher comme une comète.

Moi, voyant cela, j’allais crier pour avertir les autres, quand le sergent me dit :

« Voulez-vous bien vous taire ! si l’on savait que nous avons chargé sur une lanterne, on se moquerait de nous. — Attention ! »

Il décrocha la chaîne toute rouillée : le réverbère tomba, produisant un grand bruit. Après quoi nous partîmes en courant.

Les autres attendirent encore longtemps ; mais comme la comète était éteinte, ils finirent aussi par reprendre courage et allèrent se coucher.

Le lendemain, le bruit courut que c’était à cause des prières de Maria Finck que la comète s’était éteinte ; aussi, depuis ce jour, elle est plus sainte que jamais.

Voilà comment les choses se passent dans la bonne petite ville de Hunebourg !


FIN DE LA COMÈTE