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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/644

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’ŒIL INVISIBLE

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p654.jpg
Le silence régnait autour d’elle. ( Page 39)


maigre. Elle n’avait que sa chemise et un jupon de laine ; quelques mèches de cheveux d’un gris roux, tombaient sur ses épaules. Elle regarda de mon côté d’un air rêveur, mais elle ne vit rien ; elle pensait à autre chose. Tout à coup elle descendit, laissant ses savates au haut de l’escalier ; elle allait sans doute s’assurer que la porte d’en bas était bien fermée. Je la vis remonter brusquement, enjambant trois ou quatre marches à la fois, c’était effrayant. — Elle s’élança dans la chambre voisine ; j’entendis comme le bruit d’un gros coffre dont le couvercle retombe. Puis Flédermausse apparut sur la galerie, traînant un mannequin derrière elle ; et ce mannequin avait les habits de l’étudiant de Heidelberg.

La vieille, avec une dextérité surprenante, suspendit cet objet hideux à la poutre du hangar, puis elle descendit pour le contempler de la cour. Un éclat de rire saccadé s’échappa de sa poitrine ; elle remonta, descendit de nouveau comme une maniaque, et chaque fois poussant de nouveaux cris, de nouveaux éclats de rire.

Un bruit se fît entendre à la porte. La vieille bondit, décrocha le mannequin, l’emporta, revint ; et, penchée sur la balustrade, le cou allongé, les yeux étincelants, elle prêta l’oreille ; le bruit s’éloignait !… les muscles de sa face se détendirent, elle respira longuement : — une voiture venait de passer.

La mégère avait eu peur.

Alors elle rentra de nouveau dans la chambre et j’entendis le coffre qui se refermait.