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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/637

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MESSIRE TEMPUS


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p647.jpg
Arrivé devant l’hôtel, il s’arrêta… (Page 34.)

Quelques gouttes d’eau fraîche la ranimèrent ;

et, me regardant :

« Oh ! pardonnez, pardonnez, Monsieur, dit-elle, je suis folle.é. En vous revoyant, tant de souvenirs !… »

Et, se couvrant la figure d’une main, elle me fit signe de m’asseoir.

Son air raisonnable m’inquiétait. Enfin, que faire ?

Après un long silence :

« Monsieur, reprit-elle, ce n’est donc pas l’amour qui vous ramène dans ce pays ?

— Hé ! ma chère demoiselle, l’amour ! l’amour ! Sans doute… l’amour ! J’aime toujours la musique… j’aime toujours les fleurs ! Mais les vieux airs… les vieilles sonates… le vieux réséda… Que diable !

— Hélas ! dit-elle en joignant les mains, je suis donc condamnée au bossu !

— De quel bossu parlez-vous, Charlotte ? Est-ce de celui de la salle ? Vous n’avez qu’à dire un mot, et nous le mettrons à la porte. »

Mais, hochant la tête tristement, la pauvre fille parut se recueillir et commença cette histoire singulière :

« Trois messieurs comme il faut, M. le garde général, M. le notaire et M. le juge de paix de Pirmasens me demandèrent jadis en mariage. Mon père me disait :

« Charlotte, tu n’as qu’à choisir. Tu le vois, ce sont de beaux partis ! »

« Mais je voulais attendre. J’aimais mieux les voir tous les trois réunis à la maison. On chantait, on riait on causait. Toute la ville était