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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/540

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LA MAISON FORESTIÈRE.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p550.jpg
La maison forestière. (Page 8.)


bois Evig, ou tout autre personnage de ce genre, à la bonne heure.

— Pourtant, père Frantz…

— Hé ! non, je ne veux pas recevoir un sou. D’ailleurs, je ne suis pas aubergiste, mais… »

Ici le brave homme parut hésiter.

« Mais, fit-il, vous pourriez peut-être… Je n’ose pas vous demander ça ; c’est trop !

— Voyons, de quoi s’agit-il ? »

Il tourna les yeux vers Loïse, en rougissant de plus en plus, et finit par me dire :

« Cette enfant-là, monsieur Théodore, est-ce que ça serait bien difficile à peindre ? »

Loïse, à ces mots, perdit contenance.

«  Ah ! grand-père, balbutia-t-elle.

— Halte ! s’écria le bonhomme, le bras étendu, n’allez pas croire que je vous la demande en grand ; non, non, sur un petit papier, tenez, grand comme la main. Écoute, Loïse, dans trente ou quarante ans, quand tu seras toute grise, ça te ferait joliment plaisir de te revoir en jeune fille. Moi, je ne vous cache pas, monsieur Théodore, que si je me revoyais en dragon, le casque sur l’oreille et le sabre au côté, avec mon petit habit vert et mes grosses bottes, ça me flatterait beaucoup.

— Comment, père Honeck, il ne s’agit que de cela ? m’écriai-je ; parbleu, c’est tout simple !

— Vous acceptez ?

— Si j’accepte ! non-seulement je peindrai mademoiselle Loïse sur une belle toile, mais je veux vous peindre aussi vous-même dans ce fauteuil, votre fusil entre les genoux, vos