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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/532

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ENTRE DEUX VINS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p542.jpg
Waller et Catherine sortirent de la salle bras dessus bras dessous. (Page 102.)

En même temps il entra, et me voyant assis en face de la lampe : « Hé ! ; fit-il, c’est monsieur, Vanderbach ! » Puis la vieille, avec son livre de prières… puis la fille, secouant la neige attachée au bas de sa robe, entrèrent à leur tour, en me saluant d’un : « Dieu vous bénisse ! »

La pie s’envola sur l’épaule de la vieille, et Holbein, me regardant, dit à sa femme : « Hé ! hé ! hé ! ce bon M. Vanderbach ! Comment diable est-il ici ? Il m’a l’air d’avoir fait le réveillon.

— Oui, dit la femme, conduis-le chez lui.

— Allons, monsieur, dit le tisserand, il est tard… Prenez mon bras.

— Oh ! je retournerai bien tout seul, lui répondis-je.

— C’est égal… c’est égal… faites-moi le plaisir de vous appuyer un peu. »

Nous venions de sortir. Il y avait deux pieds de neige. « Et Spitz ? lui dis-je en marchant.

— Qui, Spitz ?

— Le greffier ?… la pie ?…

— Ah ! fit-il, oui… oui… je vous comprends… la pie va dormir… Vous avez causé avec elle… C’est un animal bien intelligent.

Et le brave homme me conduisit jusqu’à la porte de ma maison. Ma servante m’attendait ; elle le remercia. Cette nuit-là, je dormis comme un bienheureux. Le lendemain, quand je rencontrai Spitz, il ne se souvenait plus de rien ; il prétendit que j’étais sorti seul du café, et que j’étais entré en trébuchant chez les Holbein. Du reste, il ne voulut jamais convenir de sa transformation, et s’indigna même de mes propos à ce sujet !