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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/52

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L’ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉUS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p062.jpg
Il la força de prendre un châle superbe. (Page 36.)

bière forte, bière mousseuse, nous passions tous les tonneaux en revue. Ah ! ah ! ah ! je ne peux m’empêcher de rire quand j’y pense. Mais, pour en revenir à ma femme, elle a douze francs par mois, la table, le logement, et rien à faire que le ménage, raccommoder le linge, mettre le pot au feu et lire chaque soir aux enfants un chapitre ou deux de la Bible, pendant que M. le pasteur fume sa pipe et prend sa chope de bière au casino. Quelle femme ne serait pas heureuse d’une pareille existence, d’autant plus que M. le pasteur est veuf et qu’il ne se remariera jamais ?

— C’est juste, répondit Mathéus tout distrait, c’est juste, elle doit être bien heureuse. »

Ils se trouvaient alors à l’autre bout du village, et l’illustre philosophe observait un groupe de femmes gesticulant autour d’un objet étendu à terre.

Le meunier, petit homme aux joues pendantes, coiffé d’une calotte grise, et tout blanc de farine, était appuyé sur sa porte et parlait avec une animation singulière.

Malgré le tic-tac du moulin et le bruit de l’eau qui sortait à gros bouillons de l’écluse, on l’entendait crier : « Qu’ils s’en aillent au diable ! cette affaire ne me regarde pas. »

Maître Frantz et Coucou Peter s’approchèrent pour voir ce dont il s’agissait ; quand ils furent à quelques pas, les femmes s’écartèrent et Mathéus vit une vieille bohémienne étendue contre le mur, et qui semblait prête à rendre l’âme. Cette vieille était si ridée, si décrépite quelle devait bien avoir cent ans ; elle ne di-