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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/517

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LES AMOUREUX DE CATHERINE.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p527.jpg
Le pauvre Walter avait des visions merveilleuses. ( Page 92.)

Puis arrivait Conrad Schœffer, le marchand de chevaux, avec sa longue jaquette de laine grise son large chapeau de crin et sa barbiche en pointe, saluant jusqu’à terre :

« Que le Seigneur vous bénisse, Catherine, disait-il en louchant comme un bouc ; vous êtes donc toujours fraîche et rose, contente et souriante ! Eh ! eh ! eh ! »

À quoi Catherine répondait :

« Vous êtes bien bon, monsieur Schœffer. Entrez, entrez ; votre petite chope de vin est déjà prête ; Johann Noblat vous attend. »

Schœffer hésitait ; il aurait bien voulu dire autre chose ; mais la présence de la servante ie gênait. Il prenait donc le pas de Johann, tout rêveur, son grand chien sur les talons, la queue traînante et l’oreille basse.

Puis venait Michel Matter, le meunier de Tiefenbronn, en petite veste bleu de ciel, la figure épanouie, les cheveux roux frisés, et son gros bonnet de loutre sur l’oreille. Celui-là riait à faire trembler les assiettes ; ses petits yeux bruns se plissaient ; rien qu’à voir Catherine, il se sentait tout gaillard, et d’une voix tonnante, il s’écriait :

« Hé ! voisine, quand donc nous marierons-nous ? Ah ! ah ! ah ! Ça n’en finira donc jamais ? Ah ! Catherine, Catherine, vous me faites trop languir. Voyons, une bonne fois, parlez ! Est-ce que ça sera pour le mois prochain, pour la Saint-Jean, ou pour la semaine des trois jeudis ?

« Ah ! monsieur Michel, répondait Catherine, que me dites-vous là ? Vous n’y pensez pas, bien sûr.