Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/500

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
72
LA TAVERNE DU JAMBON DE MAYENCE.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p510.jpg
Toubac, tout affairé, ses yeux gris un peu troubles. (Page 67.)

ensemble, le menuisier Furst, montrant le haut bout de la table du milieu, ayant dit :

Maître Sébaldus, voici la place d’honneur, vous pourriez y mettre notre bourgmestre Omacht.

— Le bourgmestre ? s’écria maître Sébaldus indigné, je me moque bien de votre bourgmestre, moi ! Un homme qui fait venir des coqs d’Amsterdam pour exterminer les nôtres. Qu’il s’en aille au diable, qu’il se mette où il voudra !

— Mais, dit Furst, alors à qui donner la place d’honneur ? Vous ne pouvez pas être assis aux deux bouts à la fois, mpnsieur Dick, cela ne s’est jamais vu.

— Cette place restera vide, dit alors le gros nomme d’une voix sourde, oui, elle restera vide ; on ne mettra personne à cette place. »

Et s’animant :

« Celui qui devrait y être est un gueux, dit-il, un être rempli d’orgueil et de vanité, et qui n’aura pas seulement le cœur de se présenter, je vous en pré riens ; un être qui s’est rendu méprisable aux yeux de tout l’univers ; sa place restera vide, et chacun dira : « Voyez, le capucin devrait être là, mais lui-même se reconnaît indigne de venir s’asseoir en face de celui qui l’a nourri, abreuvé, aimé comme un frère pendant vingt ans. » Voilà ce que je veux ! Et qu’on ne pense pas que je lui ôte sa place ; non, j’en suis incapable, ça n’entre pas dans mes idées. Car, si par hasard, il revenait, vous m’entendez, et s’il voyait sa place occupée par un autre, ça lui crèverait le cœur,