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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/485

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LA TAVERNE DU JAMBON DE MAYENCE.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p495.jpg
Il regardait du coin de l’œil la petite Fridoline. (Page 50.)

Hé ! hé ! maître Sébaldus, comment ça va-t-il ? Ha ! ha ! ha ! vous voilà donc malade une fois… ça ne vous arrive pas souvent… Ça ne sera rien… ça ne sera rien ! »

Mais à peine l’eurent-ils regardé, que la voix leur manqua ; un frisson leur passa dans le dos, et plusieurs se tournèrent vers la porte pour s’en aller. Comment un homme si gros, si frais, si vermeil il y avait huit jours, pouvait-il être réduit à ce point ? Cela ne leur semblait pas naturel. Les derniers arrivants poussant les autres, bientôt toute la chambre fut remplie de ces bons vivants, la bouche béante, les yeux écarquillés, regardant muets de terreur.

Zaphéri Mutz avait préparé quelques mots d’encouragement pour le malade, mais alors il n’eut pas le courage de les prononcer et se prit à bégayer :

« Oh ! le gueux de capucin ! dans quel état il vous a mis, mon pauvre Sébaldus ; ça fait dresser les cheveux sur la tête.

— Oui, oui, balbutia le pauvre homme, qui, lisant la stupeur sur toutes ces figures, en conçut une peur singulière ; oui… ça ne peut plus durer longtemps comme cela… Je ne tiens plus ensemble… je m’en va… je n’ai plus seulement la force de tousser… Ho ! ho ! ho ! quel malheur… quel malheur !

— Le brigand de capucin ! s’écrièrent plusieurs autres, le misérable gueux ! si nous avions été là, tout cela ne serait pas arrivé !

— Ah ! fit Sébaldus, il vous aurait tous exterminés jusqu’au dernier ; vous ne connaissez