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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/476

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LA TAVERNE DU JAMBON DE MAYENCE.

Nous pourrons faire de la musique ensemble et traîner la semelle jusqu’à la fin de nos jours. (Page 43.)


zeller, de l’Umstein : que le ciel nous préserve d’avoir de pareils amis.

Ce qu’il y avait de pire, c’est que tout Bergzabern riait de la débâcle universelle, et disait que les honnêtes gens n’ont de meilleures raisons pour se réjouir, que lorsque les gueux s’exterminent les uns les autres.


II


Et voilà comment ces deux vieux camarades, le père Johannes et maître Sébaldus, se séparèrent brusquement à propos du dieu Soleil, qui ne les regardait pas et faisait très-bien ses affaires sans eux. Cela nous prouve que les idées divisent bien plus les hommes que les choses ; car les choses, on les voit, on les sent, on les goûte, on en jouit, tandis que pour les idées, chacun s’en forge d’après son tempérament et la couleur du vin qu’il a bu. Et cela nous prouve encore qu’il faut toujours boire du même vin que ses amis, si l’on veut rester d’accord avec eux.

Depuis vingt ans, le père Johannes remontait, chaque matin, au petit jour, la rue des Trabans, et sa longue figure de bouc s’épanouissait à la vue de la porte cochère ; car maître Sébaldus était là, sur le seuil de la vieille taverne enfumée, qui l’attendait en manches de chemise, et lui tendait les bras. « Hé ! bonjour, père Johannes, lui criait il de