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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/452

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CONFIDENCES

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p462.jpg
« Mon pauvre père !,.mon pauvre père !… (Page 26.)

monde en cercle regardait. La colère de l’oncle passait vite ; il bégayait :

« Être boiteux maintenant pour le restant de mes jours, et par la faute de ce bandit ! Ah ! quelle mauvaise idée j’ai eue de venir acheter des petits cochons à Kirschberg !… Ah ! le brigand !… Moi qui buvais là tranquillement sans penser à rien ! Encore si ce n’était pas un tour de régiment qu’il a rapporté d’Afrique, le gueux, pour estropier les gens de bien ! »

Le vieux Summer, avec son bonnet de coton et son tablier blanc, tâtait toujours, et finalement il dit :

« Des os cassés, je n’en trouve pas, mais une grosse entorse.

— Une entorse ? fit l’oncle.

— Oui, c’est encore pire qu’un os cassé, monsieur Stavolo. Il faut bien vite mettre le pied dans un baquet d’eau froide ; car, voyez-vous, si l’on tardait longtemps, on pourrait être forcé de couper la jambe. »

L’oncle alors me regarda, tellement pâle, que je sentis les larmes me remplir les yeux ; il voulut parler, mais il ne put dire que deux mots :

« De l’eau, Kasper ! de l’eau, bien vite ! »

Je courus dans la cuisine, où la servante Zeffen était en train de pomper un baquet d’eau ; c’est moi-même qui l’apportai dans la salle, et l’oncle y mit le pied en grelottant ; c’était de l’eau de roche, froide comme la glace.

Madame Diederich dit alors :

« Vous ne sauriez croire, monsieur Stavolo,