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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/445

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D’UN JOUEUR DE CLARINETTE.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p455.jpg
On dirait qu’ils n’ont jamais vu d’entorse. (Page 26.)

— Oui, c’est le dernier qu’il a renversé ; même qu’après la lutte, il a fallu faire prendre à Polak trois grands verres de kirsch-wasser, à cause des efforts qu’il s’était donnés ; ses genoux tremblaient, ses mains et ses épaules aussi ; on aurait cru qu’il allait mourir.

— Vous avez vu ça ?

— Je l’ai vu, monsieur Stavolo. N’est-ce pas, Nicolas ?

— Oui, ma mère, » répondit le garçon à voix basse.

Alors l’oncle Conrad, regardant la table et sifflant entre ses dents je ne sais quoi, ne dit plue rien. De sorte qu’au bout d’une minute, la mère Robichon reprit :

« Et même, monsieur Stavolo, tenez, à cette heure ça me revient : il m’a parlé de vous.

— De moi, fit l’oncle en relevant la tête.

— Oui, il m’a dit en se frottant les mains : Mère Robichon, je les ai tous mis sous la table, mais il en reste encore un plus fort que les autres : le père Conrad Stavolo, il faut que nous nous regardions le blanc des yeux, et quand je l’aurai couché sur le dos, celui-là, sans lui faire du mal, bien entendu, car c’est un homme que je respecte, je pourrai me croiser les bras, en attendant qu’il arrive des hercules du Nord. »

Pendant que la mère Robichon parlait, les joues de l’oncle Conrad se tiraient lentement ; son nez crochu se courbait, ses yeux lançaient des éclairs en dessous.

« Il a dit ça ? fit-il.

— Oui, monsieur Stavolo.