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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/420

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L’AMI FRITZ.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p430.jpg
C’est alors que le temps parut long à Fritz. (Page 92.)


des Acacias ; vous verrez, à droite de l’église, une ruelle, et, à gauche de la ruelle, une rangée de palissades vertes sur un petit mur. C’est là que demeure le docteur Kipert ; il doit être en train de tailler ses œillets et ses rosiers, comme tous les jours. Vous lui direz que M. Kobus est malade et qu’on l’attend.

— C’est bien, » fit la grosse fermière en ouvrant la porte ; elle sortit, et Katel, après avoir ôté les souliers de Fritz, courut dans la cuisine faire chauffer de l’eau ; car, pour tous les remèdes, il est bon d’avoir de l’eau chaude.

Tandis qu’elle se livrait à ce soin, et que le feu se remettait à pétiller sur l’âtre, Orchel revint :

« Le voici, mademoiselle Katel ! » dit-elle tout essoufflée.

Et presque aussitôt le docteur, un petit homme maigre en tricot de laine verte, la culotte de nankin tirée par les bretelles dans la raie du dos, les cinq ou six mèches de ses cheveux gris tombant en touffes autour de son front rouge, parut dans l’allée, sans rien dire, et entra tout de suite dans la chambre.

Orchel et Katel le suivaient.

Il regarda d’abord Fritz, puis il lui prit le pouls, les yeux fixés au pied du lit, comme un vieux chien de chasse en arrêt devant une caille, et au bout d’une minute il dit :

« Ce n’est rien, le cœur galope, mais le pouls est égal… ce n’est pas dangereux… Il lui faut une potion calmante, voilà tout. »

Seulement alors la vieille servante se mit à sangloter dans son tablier.