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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/381

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L’AMI FRITZ.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p391.jpg
Elles arrivent de Jérusalem !… (Page 31.)

Naturellement Foux avait repris sa marche haletante, et seulement un quart d’heure après Ils arrivaient au niveau des deux premières chaumières, véritables baraques, hautes de quinze à vingt pieds, le pignon sur la vallée, la porte et les deux lucarnes sur le chemin. Une femme, sa tignasse rousse enfouie dans une cornette d’indienne, la face creuse, le cou long, creusé d’une sorte de goulot, qui partait de la mâchoire inférieure jusqu’à la poitrine, l’œil fixe et hagard, le nez pointu, se tenait sur le seuil de la première hutte, regardant vers la voiture :

Devant la porte de l’autre cassine, en face, était assis un enfant de trois ans, tout nu, sauf un lambeau de chemise qui lui pendait des épaules sur les cuisses ; il était brun de peau, jaune de cheveux, et regardait d’un air curieux et doux.

Fritz observait ce spectacle étrange.

La rue fangeuse descendant en écharpe dans le village, les granges pleines de paille, les hangars, les lucarnes ternes, les petites portes ouvertes, les toits effondrés : tout cela confus, entassé dans un étroit espace, se découpait pêle-mêle sur le fond verdoyant des forêts de sapins.

La voiture suivit le chemin à travers les fumiers, et un petit chien-loup noir, la queue en panache, vint aboyer contre Foux. Les gens alors se montrèrent aussi sur le seuil de leurs chaumières, vieux et jeunes, en blouses sales et pantalons de toile, la poitrine nue, la chemise débraillée.