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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/37

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L’ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉUS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p047.jpg
Pauvre cher homme ! (Page 27.)

— de magnifiques gâteaux de toutes formes vous regardaient par les vitres des boulangeries, — et M. l’apothicaire avait mis ce jour-là devant ses fenêtres deux grands bocaux remplis, l’un d’eau rouge, l’autre d’eau bleue, avec des lampions derrière, ce qui produisait un effet superbe.

« Que le monde est grand ! se disait Mathéus ; chaque jour la civilisation fait de nouveaux progrès ! Que dirais-tu, ma bonne Martha, si tu voyais un tel spectacle ? Tu ne pourrais en croire tes yeux, tu n’oserais prévoir le triomphe de ton maître sur un si vaste théâtre. Mais la vérité brille partout d’un éclat éternel, elle terrasse l’envie, le sophisme et les vains préjugés ! »

La petite caravane, cahotée, refoulée de rue en rue, débouchait alors devant la bonne vieille auberge de Jacob Fischer, et Coucou Peter fit entendre une exclamation joyeuse.

Le réverbère qui se balance au-dessus de la porte éclairait toute la façade, depuis l’enseigne des Trois-Roses jusqu’au nid de cigognes à la pointe du pignon, depuis l’escalier raboteux où l’on trébuche jusqu’à la petite ruelle où les buveurs font halte, la tête basse, le front contre le mur, en murmurant des paroles inintelligibles.

« Maître Frantz, s’écria Coucou Peter, est-ce que vous aimez la tarte au fromage ?

— Pourquoi me demandes-tu cela ? dit le bonhomme surpris d’une telle question.

— Parce que la mère Jacob prépare des kougelhof et des tartes au fromage depuis trois