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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/293

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La VOLEUSE D’ENFANTS.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p303.jpg
« Hé ! que se passe-t-il donc ici ? » (Page 43.)

Il la secouait ; la tâte de Christine retomba en arrière ; elle jeta un éclat de rire affreux et dit :

« Oui… oui… c’est fini… la méchante femme l’a tuée ! »

Alors le comte sentit ses genoux fléchir, il s’affaissa plutôt qu’il ne s’assit dans un fauteuil, les coudes sur la table, sa face pâle entre les mains, les yeux fixes, comme arrêtés sur une scène épouvantable.

Et les minutes se succédèrent lentement dans le silence.

L’horloge sonna dix heures, les vibrations du timbre firent tressaillir le colonel. Il se leva, ouvrit la porte et Christine sortit.

« Monsieur ? dit maître Schwartz.

— Taisez-vous ! » interrompit le colonel avec un regard foudroyant.

Et il suivit la folle, qui descendait dans la rue ténébreuse.

Une idée singulière venait de le frapper.

« Tout est perdu, s’était-il dit ; cette malheureuse ne peut raisonner, elle ne peut comprendre ce qu’on lui demande ; mais elle a vu quelque chose, son instinct peut la conduire. »

Il est inutile d’ajouter que M. le prévôt fut émerveillé d’une pareille issue. Le digne magistrat s’empressa de fermer la porte à double tour, puis une noble Indignation s’empara de son âme :

« Menacer un homme tel que moi, s’écriat-il, me saisir au collet ! Ah ! Monsieur le colonel, nous verrons s’il y a des lois dans ce pays !… Dès demain je vais adresser une