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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/29

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L’ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉUS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p039.jpg
Ô noble et sublime animal ! (Page 21.)

ces jeunes gens de ce qu’ils travaillent à ton perfectionnement moral ! Depuis longtemps j’ai remarqué que tu appartenais à la famille des bouvreuils, espèce voluptueuse qui se nourrit du bourgeon des fleurs et des fruits les plus délicats. Mais encore quelques leçons comme celle-ci, et j’espère te voir renoncer à ces principes sensuels. »

Le pauvre Coucou Peter courbait les reins et regardait son maître d’un air piteux, comme pour dire : « Je voudrais bien te voir à ma place avec tes principes anthropo-zoologiques ! »

Cependant ce petit discours produisit une heureuse diversion en sa faveur : les bons campagnards, frappés de la physionomie auguste et des gestes de l’illustre philosophe, se rapprochèrent de la fenêtre, et le ménétrier profita de ce moment pour s’enfuir et se retrancher dans l’écurie.

La moitié du village se trouvait alors sous les yeux de Mathéus ; on formait cercle, on le regardait par-dessus la tête, par-dessus les épaules, chacun était curieux de l’entendre.

Figurez-vous l’enthousiasme du bonhomme ; il aurait voulu les embrasser tous, il ne se possédait plus de joie.

« Frantz, se disait-il, voici l’heure de tes prédications ; il est clair que l’Être des êtres, le grand Démiourgos, réunit ce nombreux auditoire afin que tu puisses le convertir ; il faudrait être aveugle pour ne pas reconnaître ici le doigt de Dieu. »

Son émotion était telle, que pendant quel-