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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/284

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LA PÊCHE MIRACULEUSE.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p294.jpg
Notre carriole courait depuis trois heures… (Page 30.)

À droite, une large cheminée flamboyante envoyait ses traînées de lumière d’un bout de la salle à l’autre ; de ce côté, la vieille Judith, longue et sèche comme un manche à balai, la figure empourprée, agitait au milieu des flammes une grande poêle où pétillait une friture.

Mais ce qui me frappa surtout, ce fut Hérode Van Gambrinus lui-même, assis dans son comptoir, un peu à gauche, tel que me l’avait dépeint maître Andreusse, les manches de sa chemise retroussées jusqu’aux épaules sur ses bras velus, les coudes au milieu des chopes luisantes, les joues relevées par ses poings énormes, son épaisse tignasse rousse ébouriffée et sa longue barbe jaunâtre tombant à flots sur sa poitrine. Il regardait d’un œil rêveur la Pêche miraculeuse, suspendue au fond de la taverne, juste au-dessus de la petite horloge de bois.

Je le considérais depuis quelques secondes, lorsque, au dehors, non loin de la ruelle des Trois-Sabots, la trompe du watchmann se fit entendre, et dans le même instant, la vieille Judith, agitant sa poêle, se prit à dire d’un ton ironique :

« Minuit ! Depuis douze jours le grand peintre Van Marius repose sur la colline d’Osterhaffen, et le vengeur n’arrive pas.

— Le voici !… » s’écria Cappelmans en s’avançant au milieu de la salle.

Tous les yeux se fixèrent sur lui, et Gambrinus, ayant tourné la tête, se prit à sourire en se caressant la barbe.