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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/244

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MAITRE DANIEL ROCK

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p254.jpg
Bientôt une voix grêle les salua… (Page 168.)

Oubliant Rock, Polack, et tout ce qui concernait, de près ou de loin, ses craintes légitimes au sujet de la vieille tour, il emprunta le roussin de Baumgarten et parcourut la montagne, allant chez les maires, les adjoints, les conseillers municipaux, chez messieurs les curés et les notables, de village en village, annonçant une ère de progrès pour le commerce et l’industrie, et priant tout le monde de venir saluer à Felsenbourg le triomphe des idées nouvelles.

Dans les endroits reculés tels queHirschland, Tomfessel, Schnekenpesch, où le temps ne lui permettait pas de se rendre en personne, il envoya des émissaires à ses propres frais. Bref, il ne négligea rien, et, tout en marchant, en courant, il méditait le discours qu’il aurait à prononcer en sa qualité de premier magistrat de l’endroit.

C’était une conception oratoire grandiose qui débutait en ces termes :

« Quand Noé reçut de Notre-Seigneur l’avis de construire une arche de trois cents coudées, et d’y faire entrer un couple d’animaux de chaque espèce, les gens du pays furent étonnés. On ne pouvait se figurer comment ce grand vaisseau naviguerait comme une charrue dans les sables et les rochers… Et chacun doit le reconnaître, c’était assez difficile à comprendre, soit qu’on voulût employer des rames, ou que l’on attendit un vent favorable… Les plus intelligents eux-mêmes trouvaient l’entreprise hasardeuse, lorsque, fort heureusement pour cette construction navale, la pluie commença