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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/237

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MAITRE DANIEL ROCK.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p247.jpg
Il fallait les voir pendus en grappes… (Page 165.)


seulement son grand cou pelé par-dessus la pierre, et nasillait d’une voix tremblotante : on eût dit qu’elle voulait parler. C’était étrange !

Le vieux Rock leva la main, ses deux fils se découvrirent, et la vieille se mit à descendre les vingt ou trente marches de l’escalier en spirale.

Comme elle arrivait au bas, maître Daniel entrait dans le vestibule. Ils se regardèrent un instant en silence, Fuldrade, appuyée sur la balustrade de pierre, le vieux forgeron immobile devant la porte. Tous deux semblaient en extase. Enfin le père Rock dit d’un ton grave :

« Nous voilà donc encore une fois réunis, Fuldrade… Que je suis heureux de vous revoir toujours en bonne santé !

— Oui, Daniel, le temps marche… les feuilles du printemps remplacent celles de l’automne… les oiseaux voyageurs vont et reviennent… et moi, je suis toujours là… seule, oubliée, avec mes chèvres ! Oh ! les amis… les amis sont rares ! et quand il m’en arrive, mon cœur s’épanouit : soyez donc les bienvenus ! soyez les bienvenus !…

— Vous ne vieillissez pas, Fuldrade, reprit Daniel ; telle vous êtes, telle je vous ai toujours vue !

— C’est vrai : je suis comme ces ruines qui ne vieillissent plus à force d’avoir vieilli ! Mais vous, mes bons amis, vous êtes fatigués… Entrez… entrez… voilà tout ce que Fuldrade peut vous offrir en ces temps d’épreuves. »

Elle leur montrait un grand feu d’érable au