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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/236

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MAITRE DANIEL ROCK.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p246.jpg
On le regardait passer sur son petit âne… (Page 164.)


les genêts, le père Rock lui avait dit d’aller prévenir sa fille de leur retour dans les ruines.

En arrivant sur le plateau, maître Daniel et ses fils éprouvèrent une satisfaction véritable. Là, du moins, rien n’était changé : les ronces, les épines, le lierre ne faisaient que croître et s’embellir ; les décombres s’entassaient de jour en jour ; les deux grosses tours bravaient seules les tempêtes et les hivers.

« À la bonne heure ! s’écria le vieux forgeron, ici l’on respire ! »

Et sa large poitrine se dilata. Il regarda d’un œil étincelant deux magnifiques éperviers qui planaient autour du donjon, et dit :

« Voyez, garçons, ils nichent toujours dans la sixième meurtrière à droite de la tourelle des signaux, mais ils sont devenus blancs comme moi ! »

Ils écartaient alors les broussailles et s’avançaient vers la tour qui domine le village. Bientôt une voix grêle les salua de loin.

« Soyez les bienvenus, maître Daniel, soyez les bienvenus ! »

Et dans la baie sombre d’une haute fenêtre en ogive, à vingt pieds au-dessus du sol, leur apparut Fuldrade, petite, sèche, ridée, la tête surmontée de son bonnet de crin en forme de corbeille. Elle ne semblait pas vieillie d’un seul jour. L’une de ses chèvres, les deux pieds de devant posés au bord de la fenêtre, les yeux dorés, la barbe longue, le crâne dépouillé de ses cornes, regardait aussi comme une personne intelligente ; l’autre allongeait