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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/229

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MAITRE DANIEL ROCK.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p239.jpg
La foule s’engouffra dans la ruelle tortueuse… (Page 164.)


choses du passé, et puis cette affinité des races primitives, qui les fait se reconnaître au premier coup d’œil, tout cela depuis longtemps établissait entre eux une sorte d’affection, de sympathie franche, solide, sans autre intérêt que celui de se serrer la main en passant.

Le docteur, en tournée de vaccine dans la montagne, ayant appris la grande bataille, accourait à bride abattue, pour remettre les os disloqués du vieux forgeron et de ses fils : c’est par de telles preuves que se montrent les fortes natures et les vrais dévouements.

Durant toute cette journée, les médecins eurent de l’ouvrage à Felsenbourg ; on remit bien des bras et des jambes.

À la nuit tombante arrivèrent les gendarmes ; ils se rendirent directement chez le père Rock, accompagnés de monsieur le maire et d’une foule de monde.

Là se trouvaient Jacques Bénédum et Ludwig, le père Nicklausse, qui venait d’administrer le saint sacrement au sabotier Frantsep, et qui était accouru tout consterné à la première nouvelle du malheur, Thérèse assise sur un escabeau, immobile et calme dans l’angle le plus obscur de la chambre, les garçons meuniers, maître Daniel encore sur la table, et sous les rideaux du grand lit, à gauche, du côté de la porte, Christian et Kasper tout emmaillotés de bandages comme leur père.

En ce moment le vieux forgeron et ses fils étaient aussi bien qu’ils pouvaient l’être ; tous trois avaient repris connaissance. Le docteur Marchal allait les quitter, promettant d’être de