Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/213

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
145
MAITRE DANIEL ROCK.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p223.jpg
Tout à coup les petites dames furent saisies d’une telle frayeur… (Page 149.)

maître Élias se prit à rire avec finesse en clignant des yeux.

« Qu’est-ce donc ? » demanda Juliette.

Alors le vieux juif, écartant les rideaux et montrant la grande tour de Felsenbourg de son doigt crochu, dit d’un air mystérieux, en baissant la voix :

« Voyez, là-haut ; dans ce nid de chouettes, au milieu des ronces et des décombres, habite une vieille sorcière ! »

Il haussa les épaules en joignant les mains.

« Ce n’est pas à vous, mes chères petites dames, élevées dans le grand monde et connaissant toutes choses, qu’on peut faire croire qu’il y a des sorcières… mais les gens du pays le croient. C’est donc une vieille femme… mais si vieille… si vieille… que moi, Élias, je suis auprès d’elle, en quelque sorte, comme un enfant de sept à huit ans à côté de Mathusalem.

Cette vieille se nomme Fuldrade ; elle vit avec deux chèvres dont elle boit le lait, et dit la bonne aventure ! »

Les petites dames étaient devenues fort attentives ; Diane, Malvina, Juliette, se regardant l’une l’autre, semblaient sortir de leur nonchalance.

Élias tout joyeux poursuivit :

« Je vous engage donc, mes petits anges, à rendre visite à cette vieille, qui vous amusera… Elle marmotte de grands mots étranges. elle parle des anciens temps… des margraves et des landgraves… Sa mémoire est comme un gros livre plein d’histoires singulières : vous en serez contentes ! Demain donc, si vous le voulez, au petit jour, et pendant la