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L’ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉUS.

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On n’aurait jamais dit que ces deux hommes extraordinaires marchaient à la conquête du monde. (Page 12.)

La mère Windling ne dédaignait pas le wolxheim ; elle but à la santé du docteur Mathéus, comme un véritable hussard, puis elle le débarrassa sans façon de sa grande capote et la suspendit, avec son large feutre, à l’un des clous de la muraille.

« Il faut être à son aise, disait-elle, je vois bien que vous vous gênez, moi je suis toute ronde ! Allons, Coucou Peter, encore un coup, et puis je retourne à ma cuisine préparer votre souper. Ah ça, monsieur le docteur, il faut me dire ce que vous aimez ; qu’est-ce qui peut vous être agréable ? un rôti, une fricassée de poulet ?

— Madame, répondit Mathéus, je vous assure que je n’ai pas de préférence.

— Non ! non ! ce n’est pas ça, vous devez avoir du goût pour quelque chose. »

Coucou Peter lui fit signe des yeux, comme pour la prévenir qu’il connaissait le plat favori du docteur.

« Allons, dit la bonne femme, nous arrangerons tout pour le mieux. »

Là-dessus elle vida son verre d’un trait, adressa un sourire à Mathéus et sortit en promettant d’être bientôt de retour. Coucou Peter la suivit, afin de faire préparer convenablement un plat de küchlen, dont il était très-friand, et qu’il supposait devoir plaire à l’illustre philosophe ; et Frantz Mathéus, dans un calme délicieux, resta près de la fenêtre. Il entendait la voix de la mère Windling donner des ordres, le remue-ménage de la cuisine, les allées, les venues, il attribuait cet empressement au bruit qu’avait déjà fait son magnifique ouvrage