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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/205

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MAITRE DANIEL ROCK.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p215.jpg
Chacun enleva une petite dame… (Page 139)

Quelques-uns demandèrent alors des divans.

Maître Baumgarten ne savait ce qu’ils voulaient dire. On lui fit entendre que c’étaient des espèces de lits pour être plus à l’aise, et l’honnête aubergiste, vraiment indigné, fit sortir aussitôt ses deux servantes.

Mais ces messieurs ne demandèrent plus de lits ; la fumée semblait les rendre tristes.

L’un d’eux s’écria qu’ils étaient en exil. Un autre dit que l’Opéra venait de reprendre Guillaume Tell. Alors, tous se balançant sur leurs chaises, le nez en l’air, dirent qu’on ne pouvait vivre sans musique, et se plaignirent du retard d’un certain Anatole qu’ils attendaient.

Maître Baumgarten ayant proposé de faire venir la clarinette du village, Pfifer-Karl, qui joue aux noces, Cyprien cria que c’était une idée magnifique ; Fragonard, que c’était ridicule.

Ils se fâchaient, et Dieu sait ce qu’il pouvait advenir, si, dans ce moment même, monsieur le maire Zacharias, avec son habit noir et sa cravate blanche, n’était entré, faisant de grands saluts et disant :

«  Messieurs, je suis heureux de voir que vous avez trouvé un asile dans ces contrées ingrates… dans cette Sibérie semblable aux steppes arides de l’Amérique. »

À peine eurent-ils entendu ces mots, que tous partirent d’un grand éclat de rire et crièrent :

« Monsieur le maire !… Ah ! quel bonheur… monsieur le maire !… »