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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/204

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MAITRE DANIEL ROCK.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p214.jpg
Messieurs, je suis heureux de voir… (Page 137.)

— Folle !… Dis à notre Katel de venir ici… Je ne veux pas qu’elle me quitte !

— Hé ! mon Dieu ne croirait-on pas que ces messieurs vont la manger ?

—Veux-tu dire à Katel de venir ? Je l’entends qui rit… Veux-tu l’appeler bien vite… ou j’abandonne tout !

— Allons… allons… ne te fâche pas, Orchel, je vais l’appeler. »

A peine Katel était-elle hors de la salle, que monsieur Fragonard trouvait le vin mauvais, les plats détestables, il faisait d’horribles grimaces, et maître Beaumgarten, qui suait à grosses gouttes, ne savait plus à quel saint se recommander.

Il maudissait ces gens, et pourtant il tenait à les avoir chez lui : il aurait été désespéré ; s’ils l’eussent abandonné pour l’auberge de Kalb, son plus grand ennemi.

Pendant que le pauvre homme allait, venait, courait, se démenait pour satisfaire tout le monde, le bruit redoublait, les bouchons sautaient, les plats entraient et sortaient.

Après le repas, il fallut servir le dessert ; après le dessert, le café, le kirschenwasser, les cigares !

Mais il n’y avait pas un seul cigare au village.

C’est alors qu’il fallut entendre les cris d’indignation et les apostrophes à l’aubergiste.

Heureusement, monsieur Horace avait une boîte de cigares. On se mit donc à fumer, les pieds sur les chaises. Monsieur Fragonard chantait un air, monsieur Cyprien un autre.