Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/20

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
16
L’ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉUS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p026.jpg
Mathéus, qui rougissait jusqu’aux oreilles… (Page 11.)

gênez pas, Monsieur, faites comme chez vous. Coucou Peter m’a dit votre nom ; on connaît bien le docteur Mathéus dans ce pays ; c’est un grand honneur de le recevoir dans notre maison. »

Mathéus, touché d’un si gracieux accueil, leva les yeux en rougissant et répondit :

« Vous êtes bien bonne, ma chère dame ; je regrette de n’avoir pas emporté un exemplaire de l’Anthropo-zoologie, pour vous en faire hommage et vous témoigner ma reconnaissance.

— Oh ! nous aimons les gens d’esprit, s’écria la mère Windling. Oui, j’aime les hommes comme il faut ! »

En prononçant ces paroles, elle le regardait d’un air si tendre, que le bonhomme en était tout embarrassé.

« Ce n’est pas un Tapihans, un homme de rien, un meunier, reprit-elle, qui nous ferait tant de plaisir à voir. Mais voyez les méchantes langues de ce village : on fait courir le bruit que nous allons nous marier ensemble, parce qu’il vient prendre sa chope ici tous les soirs. Ah ! Dieu me préserve de vouloir d’un homme qui n’a plus que le souffle ; c’est bien assez d’être veuve une fois !

— Je n’en doute pas, dit Mathéus, je n’en doute pas ! Soyez convaincue que ces rumeurs n’ont aucune influence sur moi ; ce serait contraire à mes principes philosophiques. »

Alors le ménétrier emplit les verres en s’écriant :

« Allons, dame Catherina, il faut trinquer avec le docteur ; à votre santé, docteur Frantz ! »