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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/180

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MAITRE DANIEL ROCK.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p190.jpg
Puis elle se mettait à lire lentement les faits et gestes… (Page 107.)

Et le grand garçon barbu rougissait jusqu’aux oreilles.

Après le dîner, maître Daniel commençait à retomber dans ses rêveries. Kasper et Christian venaient de sortir, et Thérèse, debout à la fenêtre, regardait dans la rue silencieuse.

« Hé ! cria tout à coup Kasper, voici le père Bénédum ; il arrive avec ses deux gros roussins.

— Oui… et Ludwig est derrière, fit Christian. Tiens… tiens… c’est donc fête au moulin, qu’il a mis ses bretelles rouges et sa veste des dimanches ? »

Les chevaux du meunier approchaient en trottant ; la terre en tremblait.

Thérèse disparut aussitôt dans la cuisine, et le père Rock encore à table, ayant tourné la tête, vit son vieux camarade Frantz Bénédum qui s’avancait, tenant ses deux gros chevaux gris pommelé par la bride, et souriant sous les larges bords de son feutre.

Les yeux du père Rock s’animèrent ; il regarda son camarade d’enfance, le seul qu’il eût encore au village, pensant en lui-même : « En voilà encore un de la vieille roche ! Comme c’est bâti… comme c’est trapu ?… On n’en fait plus de cette trempe-là… Les meuniers… les meuniers de nos jours, ça se reconnaît à la veste… De mon temps, on les reconnaissait à la largeur des épaules… Et puis, quelle honnête figure avec ses cheveux gris, son gros nez relevé et ses petits yeux malins ! « Meunier et voleur sont deux, quand on regarde mon vieux Frantz ! »

Ainsi rêvait le brave homme, glorifiant sa