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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/172

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LA REINE DES ABEILLES.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p182.jpg
La petite Rœsel m’accompagna jusqu’au bas de la côte.

« — Je ne vous oublierai jamais, répondis-je tout mélancolique ; puissiez-vous obtenir du ciel le bonheur que vous méritez !

« — Ainsi soit-il, monsieur Hennétius, dit la bonne mère Catherine, ainsi soit-il ! Bon voyage. Portez-vous bien. »

« Je m’éloignai. Ils restèrent sur la terrasse jusqu’à ce que j’eusse atteint la route. Trois fois je me retournai agitant mon feutre ; eux levaient la main. Braves gens ! Pourquoi n’en rencontre-t-on pas de pareils tous les jours ?

« La petite Rœsel m’accompagna jusqu’au pied de la côte, comme elle me l’avait promis. Longtemps, longtemps sa douce musique égaya les fatigues de mon chemin ; il me semblait la reconnaître dans chacune des abeilles qui venaient bourdonner à mes oreilles, et je croyais l’entendre me dire d’un air moqueur, avec sa petite voix grêle : « Bon courage, monsieur Hennétius, bon courage ! N’est-ce pas qu’il fait bien chaud ! Voyons, faut-il que je vous embrasse ? Hé ! hé ! hé ! N’ayez pas peur ; vous savez bien que nous sommes bons amis.»

« Ce n’est qu’au fond de la vallée qu’elle prit enfin congé de moi, lorsque le grand murmure du lac couvrit son doux bourdonnement. Mais sa pensée me suivit tout le long du voyage, et je crois qu’elle ne me quittera jamais.»

FIN DE LA REINE DES ABEILLES.