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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/156

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LE BOUC D’ISRAEL.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p166.jpg
Quelle position ! (Page 74.)

je ne puis les exprimer, la lumière céleste m’éblouit !

Elias ne bougeait pas. Il me sembla même le voir sourire, ce qui m’indigna :

« Comment, m’écriai-je, lorsque je t’indique un moyen infaillible et facile d’échapper à la juste punition de ton crime, tu hésites, tu doutes, tu souris !…

— Non, fit-il, mais je n’ai pas l’habitude de marcher sur le bord des rochers, et je crains de tomber dans le Holderloch avec le bouc !

— Ah ! poltron, tu n’as montré de courage qu’une fois dans ta vie, pour te dispenser d’en avoir toujours. Eh bien ! puisque tu refuses d’accomplir le sacrifice que je t’ordonne, je l’accomplirai moi-même. »

Et je me levai.

« Christian !… Christian !… criait mon camarade, défie-toi, tu n’as pas le pied sûr en ce moment.

— Pas le pied sûr !… Oserais-tu dire que je suis ivre, parce que j’ai bu dix ou douze chopes et trois verres de schnaps ce matin ?… Arrière !… arrière !… fils de Bélial. »

Et m’avançant à quelques pieds au-dessus du bouc, la tête haute et les mains étendues :

« Hazazel ! m’écriai-je d’une voix solennelle, bouc de malheur et d’expiation, je charge sur ton échine velue les remords de mon ami Elias Hirsch, et je te dévoue à l’ange des ténèbres ! »

Puis, faisant le tour du plateau, je descendis sur l’assise inférieure, afin de précipiter le bouc.