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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/148

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LE COMBAT D’OURS.


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Le pauvre vieux Baptiste en fut couvert

Cela dura plus de cinq minutes. Enfin le lévrier parut céder un peu ; l’ours appuya plus fortement sur lui sa serre pesante, l’œil du vieux routier brilla d’espérance, puis il y eut encore un temps d’arrêt. On entendit un hoquet terrible, une sorte de craquement : l’échine du lévrier venait de se casser, il tomba sur le flanc, la gueule sanglante.

Alors Baptiste embrassa voluptueusement le danois des deux pattes, celui-ci tenait toujours, mais ses dents glissaient sur l’oreille, tout à coup il fléchit et fit un bond en arrière ; l’ours s’élança furieux, sa chaîne le retint. Le chien s’enfuit, rouge de sang, jusque derrière le veneur qui lui fit bon accueil, regardant de loin le lévrier qui ne revenait pas.

Baptiste avait posé sa griffe sur ce cadavre, et, la tête haute, il flairait le carnage à pleins poumons : le vieux héros s’était retrouvé ! Des applaudissements frénétiques s’élevèrent des galeries jusqu’à la cime du clocher. L’ours semblait les comprendre. Je n’ai jamais vu d’attitude plus fière, plus résolue.

Après ce combat, toutes les bonnes gens reprenaient haleine ; le capucin Johannes, assis sur la balustrade en face, agitait son bâton et souriait dans sa longue barbe fauve. On avait besoin de se remettre, on s’offrait une prise de tabac, et la voix du docteur Melchbior, développant les différentes chances de la bataille, s’entendait de loin. Il n’eut pas le temps de finir son discours, car la porte de la grange s’ouvrit, et plus de vingt-cinq chiens, grands et petits, tous les maraudeurs de la ville,