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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/125

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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p135.jpg
La vieille et lui le balancèrent un instant… (Page 35.)

« Le docteur Fritz ! »

Je fis un pas, j’étais en présence d’Odile. Sperver s’était retiré en fermant la porte.

Une impression étrange se produisit dans mon esprit à la vue de la jeune comtesse, pâle, debout, la main appuyée sur le dossier d’un fauteuil, les yeux brillant d’un éclat fébrile et vêtue d’une longue robe de velours noir.

Elle était calme et fière.

Je me sentis tout ému.

« Monsieur le docteur, dit-elle en m’indiquant un siège, veuillez vous asseoir, j’ai à vous entretenir d’une chose grave. »

J’obéis en silence.

Elle s’assit à son tour et parut se recueillir.

« La fatalité, Monsieur, reprit-elle en fixant sur moi ses grands yeux bleus, la fatalité ou la Providence, je ne sais pas encore laquelle des deux, vous a rendu témoin d’un mystère où se trouve engagé l’honneur de ma famille. »

Elle savait tout.

Je restai stupéfait.

« Madame, balbutiai-je, croyez bien que le hasard seul…

— C’est inutile, lit-elle, je sais tout… C’est affreux ! »

Puis d’un accent à fendre l’âme :

« Mon père n’est point coupable ! » cria-t-elle.

Je frémis, et les mains étendues :

« Je le sais, Madame, je connais la vie du comte, l’une des plus belles, des plus nobles qu’il soit possible de rêver. »

Odile s’était levée à demi, comme pour protester contre toute pensée hostile à son père.