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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/117

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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p127.jpg
Le comte, en chemise, debout sur cette fenêtre. (Page 28.)

Je dormais ainsi, la face tournée vers le foyer, dont la lumière ruisselait sur les dalles.

Au bout d’une heure le feu s’assoupit, et, comme il arrive en pareil cas, la flamme, se ranimant par instants, battait les murailles de ses grandes ailes rouges et fatiguait mes paupières.

Perdu dans une vague somnolence, j’entr’ouvris les yeux, pour voir d’où provenaient ces alternatives de lumière et d’obscurité.

La plus étrange surprise m’attendait :

Sur le fond de l’âtre, à peine éclairé par quelques braises encore ardentes, se détachait un profil noir : la silhouette de la Peste !

Elle était accroupie sur un escabeau, et se chauffait en silence.

Je crus d’abord à une illusion, suite naturelle de mes pensées depuis quelques jours ; je me levai sur le coude, regardant, les yeux arrondis par la crainte.

C’était bien elle : calme, immobile, les jambes recoquillées entre ses bras, — telle que je l’avais vue dans la neige, — avec son grand cou replié, son nez en bec d’aigle, ses lèvres contractées.

J’eus peur !

Comment la Peste-Noire était-elle là ? Comment avait-elle pu arriver dans cette haute tour, dominant les abîmes ?

Tout ce que m’avait raconté Sperver de sa puissance mystérieuse me parut justifié !… La scène de Lieverlé grondant contre la muraille me passa devant les yeux comme un éclair !…