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HUGUES-LE-LOUP

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Son regard me paralysait. (Page 34.)

cintre, plus large que haute, et profondément enclavée dans le mur, ajoutait encore à la sévérité de mes réflexions.

Je me levai brusquement, et je courus ouvrir la fenêtre tout au large.

Là m’attendait un de ces spectacles que nulle parole humaine ne saurait décrire, le spectacle que l’aigle fauve des hautes Alpes voit chaque matin au lever du rideau pourpre de l’horizon : des montagnes !… des montagnes !… et puis des montagnes !… — flots immobiles qui s’aplanissent et s’effacent dans les brumes lointaines des Vosges ; — des forêts immenses, des lacs, des crêtes éblouissantes, traçant leurs lignes escarpées sur le fond bleuâtre des vallons comblés de neige. Au bout de tout cela, l’infini !

Quel enthousiasme serait à la hauteur d’un semblable tableau !

Je restais confondu d’admiration. À chaque regard se multipliaient les détails : hameaux, fermes, villages, semblaient poindre dans chaque pli de terrain ; il suffisait de regarder pour les voir !

J’étais là depuis un quart d’heure, quand une main se posa lentement sur mon épaule ; je me retournai, la figure calme et le sourire silencieux de Gédéon me saluèrent d’un :

« Gouden tâg[1] Fritz ! »

Puis il s’accouda près de moi, sur la pierre, fumant son bout de pipe. — Il étendait la main dans l’infini et me disait :

  1. Bonjour.