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ENTRE DEUX BATAILLES


cause du mal. Pour moi elle se précisa très vite. La mise en vigueur de la « pédagogie sportive » me donnait des facilités pour apprécier à la fois l’état mental des élèves et des maîtres. Je reconnus qu’on ne pouvait incriminer ni l’intelligence et la bonne volonté des premiers, ni le zèle et le talent des seconds. Les méthodes ?… Elles n’ont guère changé malgré bien des retouches de détail, pas toujours heureuses. Ce sont encore celles qui, autrefois, produisaient de la clarté dans les cerveaux ; pourquoi n’en produisent-elles plus ?

C’est que l’heure a sonné prévue par Berthelot lorsqu’il écrivait, il y a bien des années : « Il deviendra impossible de s’assimiler l’ensemble des découvertes de son temps. L’esprit humain ne pouvant plus absorber l’immense majorité des faits acquis, ne pourra plus généraliser, c’est-à-dire s’étendre et se développer. » Parole inquiétante et d’aspect fatal. Comment se soustraire à cette conséquence inéluctable du progrès scientifique ? C’est Leibnitz qui nous le révèle. Lui aussi a prophétisé lorsqu’il a dit dans son Discours touchant la méthode de la certitude et de l’art d’inventer : « On peut dire que les sciences s’abrègent en s’augmentant, car plus on découvre de vérités et plus on est en état d’y remarquer une suite réglée et de se faire des propositions toujours plus universelles dont les autres ne sont que des exemples ou corollaires de sorte qu’il se pourra faire qu’un grand volume de ceux qui nous ont précédés se réduira avec le temps à deux ou trois thèses générales. »

Ces deux idées, lumineusement exprimées par deux grands hommes en des formules saisissantes, n’ont cessé de guider mon effort à la manière des deux