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ENTRE DEUX BATAILLES


Olympie n’eût point vécu tant de siècles. L’athlétisme du Moyen Âge, peu connu mais si digne de l’être, n’a pu, malgré tous les éléments qui le rendaient vivace, se maintenir bien longtemps. Quant au mouvement moderne, il ne résulte à aucun degré d’un courant spontané. Il n’est issu que des initiatives obstinées de quelques individualités, Jahn en Allemagne, Arnold et Kingsley en Angleterre, qui réussirent là où Amoros venait d’échouer. Quand en 1886 nous entreprîmes, mes collaborateurs et moi, en forçant la porte des lycées, de « rebronzer la France » par le sport, elle n’y était rien moins que disposée. Une plume amie a conté naguère les étapes de notre campagne[1]. Or, la cause n’est pas gagnée. Méfions-nous. Les siècles sportifs dans l’Histoire furent brefs et rares. Et voici qu’en ce domaine, comme en d’autres, l’Angleterre fléchit rapidement. Chez nous, une somptueuse façade s’élève ; derrière, il y a beaucoup de vides. Nulle part encore le sport n’est certain du lendemain. Du moins, autour de la terre, le flambeau olympique court de ville en ville. Jusqu’en Extrême­-Orient sa course se poursuit. Vienne une défaillance, ici ou là ; de jeunes nations se présenteront pour le recueillir des mains nonchalantes qui seraient prêtes à le laisser tomber.

Ainsi, la flamme sportive sera sauvée de l’extinction. C’est pour cela que j’ai rétabli les Jeux Olympiques, et non pour la gloriole de restaurer des portiques disparus.

  1. Le Néo-Olympisme et la Guerre, Revue Hebdomadaire du 10 mai 1917.