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Page:Entre deux batailles- Pierre de Coubertin-1922.djvu/11

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ENTRE DEUX BATAILLES


qui m’avait assuré l’hospitalité de la Sorbonne (l’ancienne Sorbonne, cette fois), empressé peut-être de me voir quitter le terrain de l’éducation physique où mes entreprises le contrariaient quelque peu.

Le temps passa. Le problème est devenu aigu, si aigu que d’aucuns, considérant qu’il est trop tard pour l’aborder utilement, se résignent à ce qu’ils appellent la chute de la culture et le retour offensif de la barbarie primitive. Je ne suis pas de ceux-là. J’attends beaucoup de la classe ouvrière ; des forces magnifiques reposent dans son sein ; elle m’apparaît capable de très grandes choses. Et, par contre, ne nous faisons-nous pas quelques illusions sur cette culture dont nous sommes si fiers ? Tant de scories s’y mêlent au pur métal, tant d’incohérences, de mièvreries, de vanité creuse et de pornographie déguisée !

Quoi qu’il en soit, voici comment le problème se pose à mes yeux. Il n’est pas question d’associer brusquement la classe laborieuse à la haute culture telle que l’âge précédent l’a comprise, mais il faut qu’elle en dresse elle-même l’inventaire, afin que si, demain, le temple où sont enfermées les richesses acquises de la civilisation venait à être confié à sa garde, ce temple soit respecté et entretenu.

De cette visée est issu un plan d’universités ouvrières pour la rédaction duquel les travaux et les expériences que je viens de raconter me furent du plus grand secours — qui, toutefois, s’en différencie à certains égards : universités intermittentes prévues à raison de deux sessions par an, de trois mois chacune, avec une administration entièrement aux mains des ouvriers et un enseignement divisé en quatre-vingt-quatre leçons par session, dont vingt-quatre consacrées