Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T3.djvu/241

Cette page n’a pas encore été corrigée
233
PUI PUI


laisser à découvert, nonobstant quelques inconvéniens qui peuvent en résulter, parce que l’eau en est meilleure, les vapeurs de l’intérieur s’échappent plus facilement, et il est avantageux que l’air y puisse circuler.

Un puits, adapté aux besoins des particuliers, est une construction de pure utilité, qui ne demande que du coin, de l’intelligence, et ne réclame qu’une habileté ordinaire. Il s’en construit pourtant quelquefois, et il en existe, qu’on peut regarder et citer comme des espèces de monumens, et qui méritent d’être décrits.

Tel est, par exemple, celui qu’on voit dans le château du Caire, et que l’on nomme vulgairement le puits de Joseph, non pas, comme l’ont cru certains voyageurs, et le répètent encore les naturels du pays, parce que cet ouvrage, ainsi que le château où il se trouve, sont des monumens du patriarche Joseph. Ce nom leur vient d’un monarque qui les fit exécuter, et qui étoit fils d’un prince appelé Joseph.

Ce puits, taillé dans le roc, a 280 pieds de profondeur, sur 42 de circonférence ; il se compose de deux coupes qui ne sont point perpendiculaires l’une à l’autre. On y descend par un escalier circulaire de 300 marches, dont la pente est extrêmement douce. La cloison qui le sépare du mur du puits est formée d’une portion de rocher, à laquelle on n’a laissé que six pouces d’épaisseur. De petites fenêtres, qui y sont pratiquées de distance en distance, éclairent cette rampe.

Quand on est arrivé au bas de la première coupe, on trouve une esplanade avec un bassin. C’est là que des bœufs tournent la roue qui fait monter l’eau de la partie inférieure du puits. D’autres bœufs placés en haut, l’y élèvent de ce réservoir par le même mécanisme.

Nous ne pouvons encore nous empêcher de citer et de faire connoître avec quelques détails, l’ouvrage moderne le plus remarquable que l’on ait fait en ce genre, savoir, le puits de l’hospice de Bicêtre, près Paris, commercé en 1733 et achevé en 1735, sur les dessins de Boffrand, et qui depuis a servi de modèle à quelques autres dans les pays étrangers.

Ce puits, qui a vingt-huit toises et demie de profondeur (cent soixante-onze pieds), fut creusé dans quinze toises de différentes terres et roches, dix toises de masses de pierre par banc, et plus bas trois toises de hauteur de glaise. Au-dessous de cette glaise, est un sable gris, très-fin, mêlé de marcassites.

Il y a neuf pieds de hauteur d’eau intarissable. A douze pieds au-dessus du niveau de l’eau, on a pratique, dans la masse, une retraite pour la circulation des ouvriers qui auroient occasion de travailler à quelque réparation.

Le diamètre du puits, dans œuvre, est de quinze pieds, la circonférence est d’environ quarante-sept pieds.

Un manège de forma octogone de trente-six pieds de diamètre dans œuvre, renferme une charpente tournante, adaptée à un gros arbre servant de pivot. Huit chevaux en deux relais sont occupés à faire mouvoir cette charpente tournante.

A deux cables attachés au pivot et qui filent en sens contraire, sont suspendus deux seaux, contenant trois muids d’eau. Chaque seau, armé de fer dans sa hauteur et sa circonférence, pèse 1200 livres. De ces deux seaux, l’un monte et l’autre descend. Il y a, au fond de chaque seau, quatre soupapes de cuivre, par le moyen desquelles l’eau entre par le fond du seau, qui n’a point besoin d’être incliné pour recevoir l’eau, et cela évite ce mouvement de vibration dans les cordes, et d’oscillation des seaux eux-mêmes contre les parois des murs du puits.

Les seaux arrivés en haut versent d’eux-mêmes, dans une espèce de cuve, au moyen d’un crochet qui y est attaché, et qui, prenant le rebord du seau, le fait incliner, son anse mobile étant attachée vers le milieu de sa hauteur.

Chaque seau monte et descend en cinq minutes. Les chevaux allant au pas, on tire environ cinq cents muids par jour, le travail de chaque jour étant de douze à quinze heures. En cas de besoins extraordinaires, on peut atteler huit chevaux à la machine, pour en accélérer le mouvement, et augmenter dès-lors la quantité d’eau.

La machine ayant été faite avant le puits, elle a servi à épuiser les eaux de source, à monter les terres, et à descendre les pierres avec autant de sûreté que de promptitude.

On a vu que chaque seau plein se vide dans une espèce de cuve. De-là elle est conduite à un grand réservoir, bâtiment construit derrière celui du puits ; et qui a plus de soixante pieds en carré. Un trotoir règne tout à l’entour. Il a huit pieds huit pouces de profondeur, et contient environ quatre mille muids d’eau, ce qui peut suffire à la maison pendant sept à huit jours. Il faut à peu près le même espace de temps pour le remplir. Ce local est couvert par plusieurs voûtes faites avec beaucoup d’art.

On met ce réservoir à sec tous les trois ans pour, le curer à fond.

Puits commun. C’est un puits qui, destiné dans un lieu public, comme une rue, une place, à l’usage de chacun, doit être construit dans une plus grande circonférence et avec un orifice plus large.

Puits de carrière. Ouverture ordinairement circulaire, de douze à quinze pieds de diamètre, creusée perpendiculairement, qui permet de descendre dans une carrière, au moyen d’un es-

Diction. d’Archit. Tome III
G g