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VIII

L’ennui était au fond des tristesses de Lazare, un ennui lourd, continu, qui sortait de tout comme l’eau trouble d’une source empoisonnée. Il s’ennuyait du repos, du travail, de lui-même plus que des autres encore. Cependant, il s’en prenait à son oisiveté, il finissait par en rougir. N’était-ce pas honteux qu’un homme de son âge perdît ses années de force dans ce trou de Bonneville ? Jusque-là, il avait bien eu des prétextes ; mais rien ne le retenait maintenant, et il se méprisait de rester inutile, à la charge des siens, lorsqu’eux-mêmes avaient à peine de quoi vivre. Il aurait dû leur gagner une fortune, c’était une banqueroute de sa part, car il se l’était juré, autrefois. Certes, les projets d’avenir, les grandes entreprises, la richesse conquise en un coup de génie, ne lui manquaient toujours pas. Seulement, quand il sortait du rêve, il ne trouvait plus le courage de se mettre à l’action.

— Ça ne peut pas durer, disait-il souvent à Pauline, il faut que je travaille… J’ai envie de fonder un journal à Caen.

Chaque fois, elle lui répondait :

— Attends la fin de ton deuil, rien ne presse… Réfléchis bien, avant de lancer une pareille affaire.