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Page:Duru et Chivot - La Fille du tambour-major.djvu/29

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CLAUDINE.

Et qu’est-ce qu’elle est devenue ?…


MONTHABOR.

Ah ! voilà le chiendent !… J’avais été obligé de m’enrôler comme tout le monde pour courir à la frontière… Quand je revins, plus de nouvelles de mon ex-épouse… elle avait disparu avec la petite.


CLAUDINE.

Et vous n’avez jamais pu remettre la main dessus ?


MONTHABOR.

Jamais !… Vous comprenez… quand on est soldat, on ne va pas où on veut… (Avec une émotion qui le gagne peu à peu.) Dire pourtant que j’ai quelque part une fillette qui a aujourd’hui dix-huit ans… qui doit être belle et bien bâtie, si elle tient de son père… et que je ne peux pas l’embrasser !… Cré tonnerre ! voyez-vous, on a beau être un vieux racorni, c’est fichant !… Ça vous serre le cœur !…


GRIOLET, mangeant des feuilles de salade.

Pauvre major !…


MONTHABOR, très ému.

Oui… pauvre major… (Changeant de ton et arrachant à Griolet la romaine qu’il tient.) Mais, mille millions d’obus ! à la fin, veux-tu laisser la salade !… Il va manger tout notre dessert, cet animal-là !…


CLAUDINE, au fond.

Il n’en aura pas le temps… V’là les camarades…

Pendant cette scène, Monthabor et Claudine ont mit complètement le couvert.