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CHAPITRE XL.

LA LETTRE DE CROMWELL.


lettrine Au moment où Madame Henriette quittait les Carmélites pour se rendre au Palais-Royal, un cavalier descendait de cheval à la porte de cette demeure royale, et annonçait aux gardes qu’il avait quelque chose de conséquence à dire au cardinal Mazarin. Bien que le cardinal eût souvent peur, comme il avait encore plus souvent besoin d’avis et de renseignements, il était assez accessible. Ce n’était point à la première porte qu’on trouvait la difficulté véritable, la seconde même se franchissait assez facilement, mais à la troisième veillait, outre la garde et les huissiers, le fidèle Bernouin, cerbère qu’aucune parole ne pouvait fléchir, qu’aucun rameau, fût-il d’or, ne pouvait charmer. C’était donc à la troisième porte que celui qui sollicitait ou réclamait une audience devait subir un interrogatoire formel.

Le cavalier ayant laissé son cheval attaché aux grilles de la cour, monta le grand escalier, et s’adressant aux gardes dans la première salle :

— M. le cardinal Mazarin ? dit-il.

— Passez, répondirent les gardes sans lever le nez, les uns de dessus leurs cartes et les autres de dessus leurs dés, enchantés d’ailleurs de faire comprendre que ce n’était pas à eux de remplir l’office de laquais.

Le cavalier entra dans la seconde salle. Celle-ci était gardée par les mousquetaires et les huissiers. Le cavalier répéta sa demande.

— Avez-vous une lettre d’audience ? demanda un huissier s’avançant au-devant du solliciteur. — J’en ai une, mais pas du cardinal de Mazarin. — Entrez et demandez M. Bernouin, dit l’huissier.

Et il ouvrit la porte de la troisième chambre.