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cette corruption, ou je mettrai à profit cette surprise des sens. Et puisque l’ange jette au vent sa robe de candeur, à moi quelques lambeaux de sa chasteté !

La résolution de Gilbert était prise cette fois ; il s’élança vers le salon.

Mais, comme il allait en franchir le seuil, une main sortit de l’ombre, et le saisit énergiquement par le bras.

Gilbert se retourna épouvanté, et il lui sembla que son cœur se dérangeait dans sa poitrine.

— Ah ! je t’y prends cette fois, impudent ! lui glissa dans l’oreille une voix irritée ; essaie encore de nier que tu aies des rendez-vous avec elle, essaie de nier que tu l’aimes…

Gilbert n’eut même pas la force de secouer son bras pour l’arracher à l’étreinte qui le retenait.

Cependant l’étreinte n’était pas telle qu’il ne pût la rompre. L’étau était tout simplement le poignet d’une jeune fille. C’était enfin Nicole Legay qui retenait Gilbert prisonnier.

— Voyons, que voulez-vous encore ? demanda-t-il tout bas avec impatience.

— Ah ! tu veux que je parle tout haut à ce qu’il paraît ? articula Nicole avec toute la plénitude de sa voix.

— Non, non, je veux que tu te taises, au contraire, répondit Gilbert, les dents serrées et entraînant Nicole dans l’antichambre.

— Eh bien ! suis-moi alors.

C’était ce que demandait Gilbert, car, en suivant Nicole, il s’éloignait d’Andrée.

— Soit, je vous suis, dit-il.

Il marcha effectivement derrière Nicole, laquelle l’emmena dans le parterre, en tirant la porte derrière elle.

— Mais, dit Gilbert, mademoiselle va rentrer dans sa chambre ; elle va vous appeler pour l’aider à se mettre au lit et vous ne serez peint là.

— Si vous croyez que c’est cela qui m’occupe en ce moment-ci, en vérité vous vous trompez fort. Que m’importe qu’elle m’appelle ou ne m’appelle point ! Il faut que je vous parle.